Quelques modestes photos sur la faune de Taiwan

Photos amateurs de différents animaux pris au gré de mes promenades...Bon voyage!

05 mars 2008

C'est parti!

Ma première ruche est enfin arrivée! Je vais pouvoir m'initier à l'élevage d'apis cerana l'abeille mellifère asiatique, que du bonheur!
Je dois ma première ruche à monsieur Yang (je le prendrai en photo un de ces quatre) un apiculteur amateur qui a bien voulu m'initier aux bases de l'apiculture et qui a eu la gentillesse de m'offrir cette première ruche avec une colonie!

L'abeille asiatique diffère quelque peu de l'abeille domestique européenne (apis mellifera) par quelques caractéristiques physiques, biologiques et comportementales. Sans entrer dans les détails elle est en particulier capable de survivre et de travailler à des températures plus basses que son homologue apis mellifera. Elle est aussi l'hôte naturel de l'acarien parasite varroa destructor et de ce fait elle a acquis une résistance naturelle à ce dernier. Enfin elle est capable de résister aux attaques des frelons géants asiatiques en les faisant mourir d'hyperthermie: les abeilles s'agglutinent en masse autour d'un frelon afin de faire monter sa température corporelle jusqu'à un seuil mortel pour ce dernier (pour plus de précision consulter le billet "Frelon géant asiatique"  )

En dépit de tout ces avantages la plupart des apiculteurs professionnels d'Asie ont opté pour l'abeille domestique européenne car contrairement à cette dernière l'abeille asiatique ne produit que très peu de propolis et gelée royale, de ce fait c'est un manque à gagner pour les apiculteurs compte tenu que ces deux produits ont une forte plus-value. De plus si l'abeille asiatique est proportionnellement plus productive que son homologue européenne dans l'absolu elle produit cependant moins de miel car ses colonies sont beaucoup plus petites. Notons également qu'apis cerana n'est absolument pas casanière et à tendance à abandonner la ruche dès que les conditions ne lui conviennent plus. De ce fait l'apiculteur doit veiller attentivement à l'état de ses colonies afin de prévenir ce phénomène sous peine de se retrouver rapidement avec des ruches vides!
Nous pouvons donc constater que l'abeille asiatique a ses avantages mais aussi inconvénients.
En Asie beaucoup d'éleveurs amateurs choisissent l'abeille asiatique car nécessite moins de matériel que son homologue européenne, par ailleurs c'est pour cette raison que l'élevage d'apis cerana est de nouveau encouragé dans les pays pauvres: résistante aux maladies et parasites ne nécessite guère voire aucun  traitement ni de mesure de protection particulière, les ruches sont simples et peu coûteuses et le miel d'abeilles asiatiques très apprécié en Asie est vendu 2 à 3 fois plus cher que celui de l'abeille domestique européenne. Notons également un regain d'intérêt parmi les apiculteurs professionnels pour apis cerana.

Quand l'ami apiculteur m'a demandé si je voulais élever des abeilles européennes ou asiatiques conformément à mon esprit "écolo" j'ai opté pour les secondes. Apis cerana est une variété autochtone ayant toute sa place dans l'écosystème de Taiwan, résiste bien aux parasites et maladies locales...c'est parfait!

Quelques premières photos pour fêter l'évènement:



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Une première victime:


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Posté par Franck de Taiwan à 18:07 - Apiculture - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 mars 2008

"Capitalisme populaire" contre "capitalisme d'élite"?

Je fais preuve de racisme, avouons-le! Je suis raciste à l'égard de ma propre espèce Homo sapiens. Le peu d'intérêt que je porte au genre humain explique la quasi absence de billets relatifs à la société taiwanaise sur ce blog. Il est temps de remédier à cette lacune. En fait la rédaction de ce billet est motivé par le constat que Taiwan était pour ainsi dire méconnu (parfois confondu avec la Thaïlande), et lorsque ce pays rappelait quelque chose à mes interlocuteurs les plus érudits c'était souvent l'idée que celui-ci était l'antre d'un des capitalismes les plus déchaînés qui soit avec toute sa séquelle d'injustices sociales. Comme si dans ce pays des hordes de malades, de vieillards, d'infirmes...etc., livrés à eux mêmes agonisaient sur les trottoirs des villes faute d'être pris en charge par la société. Non, Taiwan n'est pas ce qu'est devenue (pas encore?) la France avec ses innombrables SDF et travailleurs pauvres. Non, Taiwan ne connaît pas une fracture sociale aussi importante que celle que nous vivons actuellement en France. Taiwan reste une société beaucoup plus égalitaire que ne l'est la France.

D'abord à Taiwan, le gouvernement élu -émanation du peuple souverain (dans l'idéal, dans la réalité jamais vraiment ainsi)- garde le contrôle de certains secteurs clés de l'économie tels que celui de la banque (de la finance plus généralement)
Ce contrôle s'apparentant plus à ce que l'on s'attendrait d'un pays socialiste, vaut à Taiwan d'être régulièrement sanctionné par des organisations non gouvernementales chargées d'évaluer l'environnement économique des différents pays du monde. La sanction n'est que symbolique dans le sens qu'elle ne se manifeste que par une mauvaise note accompagnée d'une analyse désobligeante à forts relents néocolonialistes mais est néanmoins lourde de sens. En effet le standard d'évaluation de ce que serait un bon environnement économique selon ces ONG est exactement celui tant vanté par les libéraux; ces gens à la tête des grands groupes financiers et industriels ainsi que d'institutions internationales comme le FMI, la banque mondiale...etc. Ainsi sur certains points l'économie de cette île est accusée d'être une forme de capitalisme archaïque. Or il est bon de rappeler que c'est ce capitalisme archaïque qui a permis à Taiwan contrairement à ses voisins d'être relativement épargné par l'explosion de la bulle spéculative asiatique de 1997. C'est encore ce capitalisme archaïque qui permet à ce petit pays de 36 000 km² avec peu de ressources naturelles d'être le quatrième détenteur de devises au monde. C'est toujours ce capitalisme archaïque qui permet à cette île de dégager des excédents commerciaux colossaux pendant que la plupart des pays occidentaux voient leur balance commerciale d'année en année toujours plus déficitaire, et croulent dorénavant sous les dettes (la dette publique de Taiwan s'élève à 31% du PNB [2007] contre 66% pour la France [2007].) C'est enfin ce capitalisme archaïque qui a permis et permet encore de considérablement augmenter le niveau et la qualité de vie des citoyens taiwanais si bien qu'en 2007 0.95% de ces derniers vivaient sous le seuil de pauvreté contre 6.2%  pour la France (2004)
Mais bien entendu cette gestion raisonnée de l'économie dérange les chantres du libéralisme économique car ceux-ci s'enrichissent sur la ruine économique des nations (plus nous sommes endettés mieux ils se portent!)

Ensuite cette gestion de l'économie par l'Etat souverain a permis de créer un environnement favorable à la libre entreprise accessible aux plus démunis, et c'est pour cette raison que nous qualifierons plutôt le capitalisme taiwanais comme "populaire", à l'inverse du nôtre qui est devenu un "capitalisme d'élite". Ce "capitalisme populaire" se caractérise par une législation allant dans un sens favorisant les plus modestes en leur laissant la possibilité de librement entreprendre (donc d'être propriétaires des facteurs de production en tant que travailleurs indépendants) sans avoir à affronter un mur de réglementations. Il permet surtout d'entreprendre sans avoir un capital d'investissement de départ important car offre un environnement économique et législatif autorisant la création et la survie de micro-structures économiques et de ce fait permet au sein de la société une appropriation et distribution beaucoup plus égalitaires des facteurs de production. Inversement le "capitalisme d'élite" par le biais d'une réglementation toujours plus restrictive et complexe a sciemment anéanti l'artisanat, la micro-entreprise au profit des plus grosses structures économiques qui elles seules sont capables de se mettre en conformité. Notons également que les corporations de métiers ont également en France une part de responsabilité en ayant rendu hermétique l'accession à diverses professions afin de se protéger de la concurrence.
La France est probablement l'un des cas les plus parfaits illustrant ce que serait ce "capitalisme d'élite". Dans ce pays les facteurs de production sont de plus en plus concentrés entre les mains d'une minorité toute puissante. À l'heure actuelle au pays de Molière la libre entreprise est devenu un quasi privilège réservé à une élite. Pour les autres le choix est on ne peut plus simple: rentrer au service de cette élite en devenant salariés, ou le chômage. Certes avec une formation pointue correspondant à un secteur porteur il est encore possible avec beaucoup de talent, de force de conviction afin de trouver un financier ou éventuellement un riche et généreux pépé, tonton...etc., de monter sa propre affaire, mais en règle générale il est très difficile pour quiconque ne possédant pas de fonds d'investissements conséquents de démarrer son entreprise. L'environnement a été économiquement et législativement remodelé pour les grosses structures économiques, si bien que les citoyens ont été pour la plupart spoliés du droit d'entreprendre. Pour toutes ces raisons ce qui surprend à Taiwan par rapport à chez nous c'est cette économie parallèle formant un dense tissu socio-économique composé d'une myriade de micro-restaurants, micro-usines, micro-ateliers d'artisans, micro-épiceries, micro-exploitations agricoles...etc., tenus par des femmes et des hommes économiquement libres et indépendants. Des individus se levant le matin pour travailler pour leurs clients, leur famille et non pas pour un grand patron. Des hommes et des femmes qui ont la liberté de mettre une part de créativité dans ce qu'ils produisent. Par exemple un restaurateur indépendant si bon lui semble pourra laisser libre cours à sa créativité en apportant des améliorations à ses plats, ils pourra en inventer de nouveaux, expérimenter, choisir lui même la décoration de son restaurant...etc., or qu'en est-il du gérant d'une grande chaîne de fast-food? C'est cette organisation économique où bon nombre de citoyens sont ou ont la possibilité d'être propriétaires des capitaux qu'ils mettent en oeuvre par leur travail que nos libéraux conspuent. Une citoyenneté composée d'hommes libres, autonomes, organisés, et économiquement indépendants ne les intéressent pas. Ce qu'ils souhaitent c'est une société policée composée d'une masse de consommateurs dépendants, politiquement démissionnaires et accessoirement abrutis.

Pour finir, il est à craindre que ce capitalisme populaire soit ici également menacé, mondialisation des échanges oblige. Cette organisation économique est en effet à double tranchant dans le cadre d'un monde dominé par le libre échangisme à l'avantage des monopoles. Prenons l'exemple de l'agriculture. Ici à Taiwan une réforme agraire a permis à des millions de métayers de devenir propriétaires de leur propre exploitation agricole ce qui a eu pour conséquence un morcellement toujours grandissant des terres. Or dans un contexte de mondialisation des échanges dérégulé une exploitation agricole de 3 hectares n'est pas rentable; inutile d'être détenteur d'un MBA d'une prestigieuse business school états-uniennes pour comprendre cela. Même en se réunissant en coopérative, une myriade de petits riziculteurs par exemple ne pourront jamais concurrencer une poignée d'agriculteurs exploitant chacun une superficie pouvant aller dans les cas les plus extrêmes jusqu'à plusieurs milliers d'hectares. Pour gérer ce problème Taiwan à l'instar du Japon et de la Corée du Sud  avait adopté dans un premier temps des mesures protectionnistes afin de mettre à l'abri d'une concurrence faussée ses petits paysans. Or face aux pressions de la mondialisation Taiwan fut contraint d'ouvrir son secteur agricole à la concurrence internationale ce qui crée des bouleversements importants. Mais cette île qui aurait pu choisir la méthode forte à la française consistant à anéantir purement et simplement la paysannerie par divers subterfuges a pour différentes raisons plutôt préféré faire usage de méthodes moins expéditives afin d'accompagner les paysans vers une reconversion plus en douceur (en cultivant des végétaux à plus forte plus-value, l'agriculture biologique, l'éco-tourisme...etc.) et/ou en les incitant à restructurer leurs terres (remembrement.)
Certes Taiwan offre encore un environnement adéquat pour tout esprit avide de liberté préférant être le patron d'un petit restaurant familiale indépendant dégageant de modestes revenus plutôt qu'être le sémillant gérant du fast-food du coin, mais pour encore combien de temps? Cette société va-t-elle prendre notre chemin de la destruction méthodique de l'artisanat et de la petite entreprise afin d'instaurer le règne de l'asservissement généralisé des citoyens au grands groupes, et ne leur offrant que le salariat comme unique moyen de gagner leur vie? Pendant combien de temps encore cette société offrira-t-elle un environnement autorisant la cohabitation des macro structures économiques avec celles microscopiques de tailles humaines?

J'espère que ce billet répondra à la question que ce posent certains se demandant comment un prétendu vil gauchiste de mon espèce supporte de vivre dans cet antre infernale du capitalisme que serait Taiwan. Je me plains souvent de Taiwan mais en réalité je commence à pleinement apprécier ce sentiment de liberté, de maîtrise de sa destinée qu'offre ce petit bout de terre au large de la Chine. Un petit bout de terre qui donne encore la potentialité à ceux qui y vivent de choisir la manière dont ils souhaitent subvenir à leurs besoins. Un bout terre sur lequel et en dépit d'une densité de population extraordinaire on se sent beaucoup moins oppressé par la société et l'État.

NB: que l'on ne se méprenne pas, le propos de ce billet n'est pas de dire que Taiwan n'a pas ses propres carences et défis à surmonter. Ce pays en a! En revanche j'affirme que s'il y a bien un enfer capitaliste ce n'est pas Taiwan mais bien la France, pays tombé sous le joug oppressant des banques, des assurances, de l'industrie agro-alimentaire et pharmaceutique, de la grande distribution, corporations de métiers et autres lobbies...

PS: la rédaction de ce billet me rappelle qu'il faut que j'aille chez le cordonnier faire recoller la semelle d'une de mes baskets. Et oui ici il y a encore des cordonniers capables de réparer non seulement des chaussures de cuir de qualité mais aussi des baskets de merde. Si on leur demande les gars vous reconstruisent la semelle usée d'une vieille paire de baskets! Je pourrais bien recoller ma semelle moi-même mais pour 2 ou 3 euros un artisan le fera probablement mieux que moi et par ce geste d'une part j'encourage le maintien d'un travailleur libre et d'autre part cela m'évitera de devoir racheter une paire neuve. Toujours ça de moins qui ira dans les poches de la racaille des industriels à la tête d'usine à chaussures de sport! Cette engeance paie entre 80 et 100 euros/mois leurs ouvriers chinois, vietnamiens... à bosser 10 à 15 heures par jour, 6 jours sur 7... ces chaussures ne coûtant pas grand chose à produire sont revendus aux gogos consommateurs parfois plusieurs dizaines d'euros...et que font-ils de l'énorme plus-value ces amoureux de l'humanité? Les boss mènent la vie de château, les actionnaires principaux, parasites du genre humain, sont rémunérés, et des guignols tels que des Jordan et Zidane se voient distribuer en 1 mois de "travail" ce qu'un Smicard ne se toucherait même pas en 40 ans de labeur...et oui les amis cet argent qui ne va pas dans les poches des travailleurs productifs est détourné pour aller dans celles de parasites nuisant à la société. J'aime le sport mais pas le cul devant la télé et par conséquent des Zidane et compagnie pourraient bien ne pas exister que je m'en porterais pas plus mal...bon mais là je digresse sérieusement!!!

Posté par Franck de Taiwan à 15:30 - Divers - Commentaires [0] - Permalien [#]



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