Quelques modestes photos sur la faune de Taiwan

Photos amateurs de différents animaux pris au gré de mes promenades...Bon voyage!

27 novembre 2008

Grenouille arboricole émeraude/Emeral treefrog/翡翠樹蛙 (Rhacophorus prasinatus)

Aujourd'hui pour la première fois j'ai eu le bonheur de voir de mes propres yeux une grenouille arboricole fascinante dans la mesure qu'elle ne fut découverte et répertoriée qu'en 1983. La date tardive à laquelle cette espèce fut découverte par les spécialistes me laisse perplexe, en effet elle semble être abondante. Auparavant j'imaginais que cette grenouille devait être particulièrement rare avec une aire de distribution strictement limitée à son lieu de découverte initiale, le réservoir de Fei Cui situé à vol d'oiseau à une dizaine de kilomètres dans les montagnes au sud de Taipei. En fait elle abonde jusque dans les montagnes à la périphérie même de Taipei, c'est à dire autour de la maison!
Il y a trois ans de cela j'avais pour la première fois entendu depuis notre jardin le chant d'un mâle esseulé lors d'un froid et silencieux soir d'hiver (tout est relatif, à Taipei "froid" c'est au pire 5° ou 4° au point du lever du jour lors de brefs épisodes...) Ce chant était particulièrement remarquable dans cette nuit aux créatures pour la plupart transies par le froid. A ce moment ne connaissant pas le cri de cet animal je me demandais ce que cela pouvait bien être, et quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre après une recherche que cela était le chant de la grenouille arboricole émeraude. Cela me semblait incroyable d'avoir cet amphibien si proche de la maison, une espèce découverte seulement dans les années 80! Si bien que je m'étais convaincu qu'il devait s'agir d'une erreur de ma part, d'autant plus que j'ai une  mauvaise oreille et une mémoire des sons plus que précaire...Puis 2 ans plus tard lors d'une conversation j'informa un ami qu'il me semblait avoir entendu une grenouille arboricole émeraude depuis notre jardin. Tout comme moi il était plutôt dubitatif jusqu'au jour où lors d'une randonnée pas loin de la maison nous entendîmes plusieurs de ces grenouilles chanter! Ma mauvaise mémoire des sons oblige sur le coup je n'avais pas reconnu ce que c'était, c'est l'ami qui tout excité m'annonça qu'il s'agissait de grenouilles arboricoles émeraude et que je n'avais pas rêvé! Depuis lors j'entends fréquemment ces grenouilles aux environs de chez nous et je ne sais pas si cela vient du fait que dorénavant ayant fini par mémoriser leur chant je le reconnais dès que je l'entend ou si c'est parce que ces dernières années ces amphibiens ont fini par recoloniser leur territoire originel après en avoir momentanément disparu. En effet lorsque nous avons emménagé dans cette maison il y a 6 ans environ Taiwan connaissait une période de sécheresse ayant pu provoquer une hécatombe chez les amphibiens dont les effectifs se seraient reconstitués depuis peu. Simple hypothèse.

Cette photo représente un couple entrain de copuler dans un de ces bacs en plastique que les paysans placent dans leurs bambouseraies et potagers. Faute d'être esthétiques ces bacs dont la vocation pour le paysan est de récolter les eaux de pluie servent de lieu de reproduction pour un grand nombre d'amphibiens. Un rare exemple de conséquence positive d'une activité humaine.

La femelle de la grenouille arboricole émeraude pond ses oeufs dans une substance visqueuse qu'elle sécrète lors de l'accouplement et qui après avoir été battue par ces pattes arrière prend l'exacte apparence et structure des blancs en neige. Les oeufs et le sperme du mâle seront mélangés dans cette mousse protectrice qui prendra l'apparence d'un cocon lorsque la couche la plus extérieure aura séché. Notons que si une fine couche extérieure sèche l'intérieur maintient l'humidité constante indispensable au bon développement des têtards. Les innombrables bulles d'air formant cette mousse font également office de formidable isolant thermique. Au moment de l'éclosion les têtards se frayent un passage dans la mousse, transpercent la couche extérieure durcie pour se laisser tomber dans la nappe d'eau qui est généralement située en dessous d'où a été placé le cocon.

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17 juin 2008

Doigté

En ce qui concerne les animaux je n'ai jamais eu de phobie particulière néanmoins je ressentais pour les araignées une peur viscérale. Certes pas ce genre de peur qui m'aurait fait pousser des hurlements de terreur à la vue du moindre arachnoïde, juste un léger malaise et quelques sueurs froides si je devais par exemple comme au cours d'une randonnée me retrouver avec une araignée se baladant sur ma tête ou mes vêtements suite à une collision accidentelle avec sa toile...J'ai voulu me guérir de cette peur irrationnelle en optant pour une méthode efficace: volontairement rentrer en contact physique avec des araignées.
En faisant le ménage dans mes archives j'ai retrouvé quelques vieilles photos de la thérapie.

Si la peur à l'égard des araignées est un instinct naturel il ne devrait pas nous empêcher de faire preuve d'un minimum de compassion pour ces arthropodes qui sont dans la vaste majorité des cas d'une part totalement inoffensifs et non agressifs, d'autre part sont aussi de fidèles alliés dans la lutte contre le terrorisme les insectes "nuisibles".


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12 juin 2008

Dynaste/Samurai Helmet beetle/獨角仙 (allomyrina dichotoma)

Voilà un insecte impressionnant de par sa taille et son allure!

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29 mai 2008

Autour huppé/Crested goshawk/鳳頭蒼鷹 (Accipiter trivirgatus)

Un autour huppé juvénile surpris entrain de se rafraîchir dans un marécage (ici il fait déjà une chaleur à crever) ce qui explique pourquoi ses plumes mouillées sont collées sur sa poitrine et qu'une de ses pattes est recouverte de boue noire.
Coup de chance d'être non seulement passé au bon moment et que l'oiseau se soit posé brièvement sur une branche et sous un angle de prise de vue  intéressant me laissant ainsi le temps de prendre 5 photos.
Pouvoir prendre ainsi en photo un oiseau de proie à la billebaude n'est pas une occasion s'offrant tous les jours, à vrai dire c'est la première fois que je rencontre une si belle opportunité, que d'émotions!

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28 mai 2008

Vipère fer de lance/Pointed-scaled pitviper/龜殼花 (Protobothrops mucrosquamatus)

A la sortie de l'hiver les serpents sont particulièrement actifs. Affamés par le jeûne hivernal ils sont à la recherche de proies. Il faut être particulièrement vigilant à cette période de l'année car il n'est pas rare de tomber nez à nez avec un de nos amis ophidiens. Ce mois de mai j'ai rencontré à 8 reprises différentes des serpents, dont 5 fois une vipère fer de lance dans le jardin. Ci-dessous les photos d'un spécimen à l'affût à la grenouille au bord de la mare du jardin.

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25 mai 2008

Persistance

Un petit billet afin d'illustrer la persistance du monde vivant et en particulier de la faune ici à Taiwan.
Là où il y a un bout de verdure et de l'eau on peut être sûr de rencontrer des bestioles ayant trouvé le moyen de survivre envers et contre tout.
Il y a quelques mois de ça en passant à proximité d'un square j'eus la surprise d'entendre le coassement de deux espèces de grenouilles qui me sont familières, natives de Taiwan et très communes. Ce qui était surprenant en revanche c'était la présence de ces bestioles dans un petit square en plein milieu urbain à Taipei. Comment étaient-elles arrivées là? J'avais fini par conclure qu'elles furent probablement introduites par des riverains amoureux des batraciens. Erreur! En dehors des coassements en provenance des bassins du square lui-même je m'aperçus que des grenouilles chantaient à tue-tête quelque part plus loin. Guidé par le son j'arrivai enfin vers l'origine des coassements et ce fut le choc! Je découvris un bout de rivière long d'une vingtaine de mètres abritant une faune qui me semblait inimaginable pour un tel lieu. Ce bout de rivière est le reliquat à l'air libre d'un cours d'eau qui en raison de l'urbanisation est devenu souterrain et ce dernier est le point de départ de la colonisation du square à proximité. Grenouilles ainsi que d'énormes tortues à peau rayée chinoises semblaient cohabiter en parfaite harmonie avec l'espèce invasive américaine la tortue à tympans rouges (les fameuses tortues de Floride). Cette cohabitation entre tortues à peau rayée locales avec celles à tympans rouges exotiques est quelque chose de surprenant dans la mesure qu'il est connu que là où sont présentes ces dernières les espèces locales disparaissent progressivement. C'est le cas dans les plans d'eau de Taiwan tout comme en Europe où notre cistude est progressivement supplantée par les tortues de Floride plus agressives et prolifiques. Je me posais donc la question comment il pouvait être possible que les tortues locales puissent cohabiter apparemment sans problème avec une espèce exotique sur ce reliquat de rivière alors que partout ailleurs là où l'on rencontre des tortues de Floride on ne trouve plus de tortues locales... J'en conclus que vu la taille massive des spécimens rencontrés il s'agissait d'un reste d'une population datant de l'époque où la rivière était encore entièrement à l'air libre et qu'en raison de leur taille et de l'abondance de la nourriture (énormément de poissons de toutes tailles...riverains venant avec leurs gosses jeter à manger aux bestioles) elles pouvaient se défendre et survivre au milieu des tortues à tympans rouges. Ceci dit j'étais persuadé que ce reliquat de population était condamné à disparaître. Tout d'abord parce faute de la présence d'un substrat en terre les tortues ne pouvaient apparemment pas enterrer leurs oeufs et ensuite je doutais de la capacité d'individus juvéniles de tortues à peau rayée de pouvoir survivre au milieu de l'espèce invasive à tympans rouges. Lors d'une deuxième visite vers ce lieu magique je me suis rendu compte que je m'étais trompé! Outre les spécimens massifs de tortues à peau rayée je vis également cette fois-ci des juvéniles! Manifestement elles se reproduisaient en dépit de l'apparente absence d'un endroit convenant pour enterrer leurs oeufs et de la présence de tortues de Floride! Miracle? En fait ces tortues doivent être capables de grimper sur les bacs à plantes disposés le long du cours d'eau afin d'y déposer leurs oeufs (j'ai été à plusieurs reprises stupéfait par la capacité extraordinaire des tortues à grimper sur des obstacles qui sembleraient infranchissables pour ce type d'animaux, alors pourquoi pas...) Mais plus surprenant c'est que les individus juvéniles coexistent en parfaite harmonie avec les supposés "méchantes" tortues de Floride. Comment ce fait-il qu'en milieu fermé et biologiquement isolé comme ce bout de rivière en pleine ville ces deux espèces différentes de tortue ne semblent pas rentrer en compétition en dépit d'une forte densité d'individus alors qu'en milieu ouvert dans la nature les espèces locales ne semblent pas résister à la présence des espèces exotiques? Serait-ce la présence d'une abondante nourriture? Pourtant les tortues à cou rayée ont un régime alimentaire légèrement différemment des tortues de Floride. Les premières incorporent une plus grande part de végétaux dans leur alimentation ce qui devrait limiter la compétition dans la nature...j'aimerais bien comprendre la dynamique exacte derrière ce type de phénomène...

Pour finir je trouve fascinant la résilience de certaines espèces animales à Taiwan capables de tolérer des perturbations et dégradations importantes de leur environnement. Récemment j'ai découvert au hasard un autre petit parc urbain où se trouvait également des grenouilles de Günther. Le scénario est similaire; une grosse rivière passe à une centaine de mètres du parc et les grenouilles ont colonisé ce dernier à partir de la rivière. Ce qui est surprenant c'est d'une part la capacité de ces grenouilles de coloniser de nouveau territoire en traversant un environnement hostile (à découvert sur sol bitumé, rues où circulent des véhicules...) et d'autre part de détecter à distance la présence de plans d'eau adaptés à leur survie.

Les photos!

  • Le square:

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  • Le bassin duquel proviennent les coassements des grenouilles:

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  • Une grenouille de Günther cachée au milieu des plantes aquatiques:

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  • La rivière avec sur la gauche caché derrière les palissades vertes une petit "jardin ouvrier" où des riverains viennent y cultiver leurs légumes:

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  • Une tortue à peau rayée chinoise juvénile en compagnie d'une tortue de Floride, spectacle jamais vu auparavant:

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  • Groupe de tortues à peau rayée:

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  • Gros plan sur spécimen massif de tortue à peau rayé:

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  • Petit pont en bois après lequel le cours d'eau replonge dans les ténèbres du souterrain sous lequel il fut fait prisonnier:

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28 avril 2008

Citation

Une citation de Claude Lévi-Strauss sur la montagne qui je trouve décrit bien mon ressenti et s'applique à merveille à Taiwan:

Si la mer offre à mon regard un paysage délayé, la montagne m'apparaît comme un monde concentré. Elle l'est au sens propre, puisque la terre plissée et pliée y rassemble plus de surface pour une même étendue. Les promesses de cet univers plus dense sont aussi plus lentes à s'épuiser; le climat instable qui y règne et les différences dues à l'altitude, à l'exposition et à la nature du sol, favorisent les oppositions tranchées entre les versants et les niveaux ainsi qu'entre les saisons.

--Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques

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15 mars 2008

Inspection!

Aujourd'hui j'ai demandé à Soph qu'elle me prenne en photo lors de l'inspection de la ruche.

L'inspection doit être faite assez régulièrement. Cela permet de s'assurer de l'état de santé général de l'essaim comme la présence ou l'absence de parasites, l'état des réserves de miel et de pollen...il est aussi important de vérifier la présence de la reine et en particulier de sa fertilité qui peut être déterminée par l'abondance des œufs et des larves...ce petit travail d'inspection doit être fait assez fréquemment concernant les abeilles asiatiques car comme je l'avais abordé dans un billet précédent elles ont tendance à se barrer d'une ruche dès que les conditions ne leur conviennent plus.

Photo 1

Ouverture de la ruche. Mon air pincé et constipé est dû à l'état de concentration intense dans lequel je suis (en fait soyons honnête! j'ai toujours l'air constipé!) Je dois en effet d'une part contrôler mes gestes en faisant des mouvements lents et fluides et d'autre part être attentif au moindre signe d'agacement des abeilles afin d'éviter les piqûres. Ces abeilles seraient plus agressives que leurs homologues européennes, à vrai dire je n'ai pas constaté cela. Quoiqu'il en soit les abeilles du genre apis sont plutôt moins agressives que d'autres hyménoptères tels que frelons et guêpes pour la bonne raison que quand une abeille pique elle laisse son dard sur place ce qui lui sera fatal (une partie des viscères étant arrachées en même temps), en d'autres termes cela signifie qu'une abeille est contrainte au suicide afin de défendre son essaim et par conséquent pour éviter une hécatombe de suicidés les abeilles utilisent leur dard avec une certaine retenue et uniquement quand le danger leur semble réel. Néanmoins il y a trois jours je fus piqué par une "candidate au martyr". Je fus agréablement surpris de constater que la douleur était pratiquement insignifiante. Ceci dit sur le coup je fus tout de même quelque peu inquiet car récemment j'ai appris que quand une abeille pique son venin contient des phéromones servant à avertir ses congénères de la cible à attaquer pouvant ainsi entraîner une réaction en chaîne...or si une ou deux piqûres ça passe quelques centaines bonjour les dégâts!

ouverture















Photo 2

Je me saisis délicatement d'un des cadres...

saisie















Photo 3

Je sors le cadre tout doucement...

sortie















Photo 4

Inspection...

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Photo 5

La reine! Elle est belle! Je suis amoureux!

reine















Photo 6

Cette photo est un évènement. Pour la première fois en 35 ans d'une misérable et improductive existence je découvre l'arrière de mon crâne! Et ce fut le choc total en constatant la parfaite forme ovoïde de ce dernier!

Admirez!

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05 mars 2008

C'est parti!

Ma première ruche est enfin arrivée! Je vais pouvoir m'initier à l'élevage d'apis cerana l'abeille mellifère asiatique, que du bonheur!
Je dois ma première ruche à monsieur Yang (je le prendrai en photo un de ces quatre) un apiculteur amateur qui a bien voulu m'initier aux bases de l'apiculture et qui a eu la gentillesse de m'offrir cette première ruche avec une colonie!

L'abeille asiatique diffère quelque peu de l'abeille domestique européenne (apis mellifera) par quelques caractéristiques physiques, biologiques et comportementales. Sans entrer dans les détails elle est en particulier capable de survivre et de travailler à des températures plus basses que son homologue apis mellifera. Elle est aussi l'hôte naturel de l'acarien parasite varroa destructor et de ce fait elle a acquis une résistance naturelle à ce dernier. Enfin elle est capable de résister aux attaques des frelons géants asiatiques en les faisant mourir d'hyperthermie: les abeilles s'agglutinent en masse autour d'un frelon afin de faire monter sa température corporelle jusqu'à un seuil mortel pour ce dernier (pour plus de précision consulter le billet "Frelon géant asiatique"  )

En dépit de tout ces avantages la plupart des apiculteurs professionnels d'Asie ont opté pour l'abeille domestique européenne car contrairement à cette dernière l'abeille asiatique ne produit que très peu de propolis et gelée royale, de ce fait c'est un manque à gagner pour les apiculteurs compte tenu que ces deux produits ont une forte plus-value. De plus si l'abeille asiatique est proportionnellement plus productive que son homologue européenne dans l'absolu elle produit cependant moins de miel car ses colonies sont beaucoup plus petites. Notons également qu'apis cerana n'est absolument pas casanière et à tendance à abandonner la ruche dès que les conditions ne lui conviennent plus. De ce fait l'apiculteur doit veiller attentivement à l'état de ses colonies afin de prévenir ce phénomène sous peine de se retrouver rapidement avec des ruches vides!
Nous pouvons donc constater que l'abeille asiatique a ses avantages mais aussi inconvénients.
En Asie beaucoup d'éleveurs amateurs choisissent l'abeille asiatique car nécessite moins de matériel que son homologue européenne, par ailleurs c'est pour cette raison que l'élevage d'apis cerana est de nouveau encouragé dans les pays pauvres: résistante aux maladies et parasites ne nécessite guère voire aucun  traitement ni de mesure de protection particulière, les ruches sont simples et peu coûteuses et le miel d'abeilles asiatiques très apprécié en Asie est vendu 2 à 3 fois plus cher que celui de l'abeille domestique européenne. Notons également un regain d'intérêt parmi les apiculteurs professionnels pour apis cerana.

Quand l'ami apiculteur m'a demandé si je voulais élever des abeilles européennes ou asiatiques conformément à mon esprit "écolo" j'ai opté pour les secondes. Apis cerana est une variété autochtone ayant toute sa place dans l'écosystème de Taiwan, résiste bien aux parasites et maladies locales...c'est parfait!

Quelques premières photos pour fêter l'évènement:



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Une première victime:


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04 mars 2008

"Capitalisme populaire" contre "capitalisme d'élite"?

Je fais preuve de racisme, avouons-le! Je suis raciste à l'égard de ma propre espèce Homo sapiens. Le peu d'intérêt que je porte au genre humain explique la quasi absence de billets relatifs à la société taiwanaise sur ce blog. Il est temps de remédier à cette lacune. En fait la rédaction de ce billet est motivé par le constat que Taiwan était pour ainsi dire méconnu (parfois confondu avec la Thaïlande), et lorsque ce pays rappelait quelque chose à mes interlocuteurs les plus érudits c'était souvent l'idée que celui-ci était l'antre d'un des capitalismes les plus déchaînés qui soit avec toute sa séquelle d'injustices sociales. Comme si dans ce pays des hordes de malades, de vieillards, d'infirmes...etc., livrés à eux mêmes agonisaient sur les trottoirs des villes faute d'être pris en charge par la société. Non, Taiwan n'est pas ce qu'est devenue (pas encore?) la France avec ses innombrables SDF et travailleurs pauvres. Non, Taiwan ne connaît pas une fracture sociale aussi importante que celle que nous vivons actuellement en France. Taiwan reste une société beaucoup plus égalitaire que ne l'est la France.

D'abord à Taiwan, le gouvernement élu -émanation du peuple souverain (dans l'idéal, dans la réalité jamais vraiment ainsi)- garde le contrôle de certains secteurs clés de l'économie tels que celui de la banque (de la finance plus généralement)
Ce contrôle s'apparentant plus à ce que l'on s'attendrait d'un pays socialiste, vaut à Taiwan d'être régulièrement sanctionné par des organisations non gouvernementales chargées d'évaluer l'environnement économique des différents pays du monde. La sanction n'est que symbolique dans le sens qu'elle ne se manifeste que par une mauvaise note accompagnée d'une analyse désobligeante à forts relents néocolonialistes mais est néanmoins lourde de sens. En effet le standard d'évaluation de ce que serait un bon environnement économique selon ces ONG est exactement celui tant vanté par les libéraux; ces gens à la tête des grands groupes financiers et industriels ainsi que d'institutions internationales comme le FMI, la banque mondiale...etc. Ainsi sur certains points l'économie de cette île est accusée d'être une forme de capitalisme archaïque. Or il est bon de rappeler que c'est ce capitalisme archaïque qui a permis à Taiwan contrairement à ses voisins d'être relativement épargné par l'explosion de la bulle spéculative asiatique de 1997. C'est encore ce capitalisme archaïque qui permet à ce petit pays de 36 000 km² avec peu de ressources naturelles d'être le quatrième détenteur de devises au monde. C'est toujours ce capitalisme archaïque qui permet à cette île de dégager des excédents commerciaux colossaux pendant que la plupart des pays occidentaux voient leur balance commerciale d'année en année toujours plus déficitaire, et croulent dorénavant sous les dettes (la dette publique de Taiwan s'élève à 31% du PNB [2007] contre 66% pour la France [2007].) C'est enfin ce capitalisme archaïque qui a permis et permet encore de considérablement augmenter le niveau et la qualité de vie des citoyens taiwanais si bien qu'en 2007 0.95% de ces derniers vivaient sous le seuil de pauvreté contre 6.2%  pour la France (2004)
Mais bien entendu cette gestion raisonnée de l'économie dérange les chantres du libéralisme économique car ceux-ci s'enrichissent sur la ruine économique des nations (plus nous sommes endettés mieux ils se portent!)

Ensuite cette gestion de l'économie par l'Etat souverain a permis de créer un environnement favorable à la libre entreprise accessible aux plus démunis, et c'est pour cette raison que nous qualifierons plutôt le capitalisme taiwanais comme "populaire", à l'inverse du nôtre qui est devenu un "capitalisme d'élite". Ce "capitalisme populaire" se caractérise par une législation allant dans un sens favorisant les plus modestes en leur laissant la possibilité de librement entreprendre (donc d'être propriétaires des facteurs de production en tant que travailleurs indépendants) sans avoir à affronter un mur de réglementations. Il permet surtout d'entreprendre sans avoir un capital d'investissement de départ important car offre un environnement économique et législatif autorisant la création et la survie de micro-structures économiques et de ce fait permet au sein de la société une appropriation et distribution beaucoup plus égalitaires des facteurs de production. Inversement le "capitalisme d'élite" par le biais d'une réglementation toujours plus restrictive et complexe a sciemment anéanti l'artisanat, la micro-entreprise au profit des plus grosses structures économiques qui elles seules sont capables de se mettre en conformité. Notons également que les corporations de métiers ont également en France une part de responsabilité en ayant rendu hermétique l'accession à diverses professions afin de se protéger de la concurrence.
La France est probablement l'un des cas les plus parfaits illustrant ce que serait ce "capitalisme d'élite". Dans ce pays les facteurs de production sont de plus en plus concentrés entre les mains d'une minorité toute puissante. À l'heure actuelle au pays de Molière la libre entreprise est devenu un quasi privilège réservé à une élite. Pour les autres le choix est on ne peut plus simple: rentrer au service de cette élite en devenant salariés, ou le chômage. Certes avec une formation pointue correspondant à un secteur porteur il est encore possible avec beaucoup de talent, de force de conviction afin de trouver un financier ou éventuellement un riche et généreux pépé, tonton...etc., de monter sa propre affaire, mais en règle générale il est très difficile pour quiconque ne possédant pas de fonds d'investissements conséquents de démarrer son entreprise. L'environnement a été économiquement et législativement remodelé pour les grosses structures économiques, si bien que les citoyens ont été pour la plupart spoliés du droit d'entreprendre. Pour toutes ces raisons ce qui surprend à Taiwan par rapport à chez nous c'est cette économie parallèle formant un dense tissu socio-économique composé d'une myriade de micro-restaurants, micro-usines, micro-ateliers d'artisans, micro-épiceries, micro-exploitations agricoles...etc., tenus par des femmes et des hommes économiquement libres et indépendants. Des individus se levant le matin pour travailler pour leurs clients, leur famille et non pas pour un grand patron. Des hommes et des femmes qui ont la liberté de mettre une part de créativité dans ce qu'ils produisent. Par exemple un restaurateur indépendant si bon lui semble pourra laisser libre cours à sa créativité en apportant des améliorations à ses plats, ils pourra en inventer de nouveaux, expérimenter, choisir lui même la décoration de son restaurant...etc., or qu'en est-il du gérant d'une grande chaîne de fast-food? C'est cette organisation économique où bon nombre de citoyens sont ou ont la possibilité d'être propriétaires des capitaux qu'ils mettent en oeuvre par leur travail que nos libéraux conspuent. Une citoyenneté composée d'hommes libres, autonomes, organisés, et économiquement indépendants ne les intéressent pas. Ce qu'ils souhaitent c'est une société policée composée d'une masse de consommateurs dépendants, politiquement démissionnaires et accessoirement abrutis.

Pour finir, il est à craindre que ce capitalisme populaire soit ici également menacé, mondialisation des échanges oblige. Cette organisation économique est en effet à double tranchant dans le cadre d'un monde dominé par le libre échangisme à l'avantage des monopoles. Prenons l'exemple de l'agriculture. Ici à Taiwan une réforme agraire a permis à des millions de métayers de devenir propriétaires de leur propre exploitation agricole ce qui a eu pour conséquence un morcellement toujours grandissant des terres. Or dans un contexte de mondialisation des échanges dérégulé une exploitation agricole de 3 hectares n'est pas rentable; inutile d'être détenteur d'un MBA d'une prestigieuse business school états-uniennes pour comprendre cela. Même en se réunissant en coopérative, une myriade de petits riziculteurs par exemple ne pourront jamais concurrencer une poignée d'agriculteurs exploitant chacun une superficie pouvant aller dans les cas les plus extrêmes jusqu'à plusieurs milliers d'hectares. Pour gérer ce problème Taiwan à l'instar du Japon et de la Corée du Sud  avait adopté dans un premier temps des mesures protectionnistes afin de mettre à l'abri d'une concurrence faussée ses petits paysans. Or face aux pressions de la mondialisation Taiwan fut contraint d'ouvrir son secteur agricole à la concurrence internationale ce qui crée des bouleversements importants. Mais cette île qui aurait pu choisir la méthode forte à la française consistant à anéantir purement et simplement la paysannerie par divers subterfuges a pour différentes raisons plutôt préféré faire usage de méthodes moins expéditives afin d'accompagner les paysans vers une reconversion plus en douceur (en cultivant des végétaux à plus forte plus-value, l'agriculture biologique, l'éco-tourisme...etc.) et/ou en les incitant à restructurer leurs terres (remembrement.)
Certes Taiwan offre encore un environnement adéquat pour tout esprit avide de liberté préférant être le patron d'un petit restaurant familiale indépendant dégageant de modestes revenus plutôt qu'être le sémillant gérant du fast-food du coin, mais pour encore combien de temps? Cette société va-t-elle prendre notre chemin de la destruction méthodique de l'artisanat et de la petite entreprise afin d'instaurer le règne de l'asservissement généralisé des citoyens au grands groupes, et ne leur offrant que le salariat comme unique moyen de gagner leur vie? Pendant combien de temps encore cette société offrira-t-elle un environnement autorisant la cohabitation des macro structures économiques avec celles microscopiques de tailles humaines?

J'espère que ce billet répondra à la question que ce posent certains se demandant comment un prétendu vil gauchiste de mon espèce supporte de vivre dans cet antre infernale du capitalisme que serait Taiwan. Je me plains souvent de Taiwan mais en réalité je commence à pleinement apprécier ce sentiment de liberté, de maîtrise de sa destinée qu'offre ce petit bout de terre au large de la Chine. Un petit bout de terre qui donne encore la potentialité à ceux qui y vivent de choisir la manière dont ils souhaitent subvenir à leurs besoins. Un bout terre sur lequel et en dépit d'une densité de population extraordinaire on se sent beaucoup moins oppressé par la société et l'État.

NB: que l'on ne se méprenne pas, le propos de ce billet n'est pas de dire que Taiwan n'a pas ses propres carences et défis à surmonter. Ce pays en a! En revanche j'affirme que s'il y a bien un enfer capitaliste ce n'est pas Taiwan mais bien la France, pays tombé sous le joug oppressant des banques, des assurances, de l'industrie agro-alimentaire et pharmaceutique, de la grande distribution, corporations de métiers et autres lobbies...

PS: la rédaction de ce billet me rappelle qu'il faut que j'aille chez le cordonnier faire recoller la semelle d'une de mes baskets. Et oui ici il y a encore des cordonniers capables de réparer non seulement des chaussures de cuir de qualité mais aussi des baskets de merde. Si on leur demande les gars vous reconstruisent la semelle usée d'une vieille paire de baskets! Je pourrais bien recoller ma semelle moi-même mais pour 2 ou 3 euros un artisan le fera probablement mieux que moi et par ce geste d'une part j'encourage le maintien d'un travailleur libre et d'autre part cela m'évitera de devoir racheter une paire neuve. Toujours ça de moins qui ira dans les poches de la racaille des industriels à la tête d'usine à chaussures de sport! Cette engeance paie entre 80 et 100 euros/mois leurs ouvriers chinois, vietnamiens... à bosser 10 à 15 heures par jour, 6 jours sur 7... ces chaussures ne coûtant pas grand chose à produire sont revendus aux gogos consommateurs parfois plusieurs dizaines d'euros...et que font-ils de l'énorme plus-value ces amoureux de l'humanité? Les boss mènent la vie de château, les actionnaires principaux, parasites du genre humain, sont rémunérés, et des guignols tels que des Jordan et Zidane se voient distribuer en 1 mois de "travail" ce qu'un Smicard ne se toucherait même pas en 40 ans de labeur...et oui les amis cet argent qui ne va pas dans les poches des travailleurs productifs est détourné pour aller dans celles de parasites nuisant à la société. J'aime le sport mais pas le cul devant la télé et par conséquent des Zidane et compagnie pourraient bien ne pas exister que je m'en porterais pas plus mal...bon mais là je digresse sérieusement!!!

Posté par Franck de Taiwan à 15:30 - Divers - Commentaires [0] - Permalien [#]
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