Aujourd'hui pour la première fois j'ai eu le bonheur de voir de mes propres yeux une grenouille arboricole fascinante dans la mesure qu'elle ne fut découverte et répertoriée qu'en 1983. La date tardive à laquelle cette espèce fut découverte par les spécialistes me laisse perplexe, en effet elle semble être abondante. Auparavant j'imaginais que cette grenouille devait être particulièrement rare avec une aire de distribution strictement limitée à son lieu de découverte initiale, le réservoir de Fei Cui situé à vol d'oiseau à une dizaine de kilomètres dans les montagnes au sud de Taipei. En fait elle abonde jusque dans les montagnes à la périphérie même de Taipei, c'est à dire autour de la maison!
Il y a trois ans de cela j'avais pour la première fois entendu depuis notre jardin le chant d'un mâle esseulé lors d'un froid et silencieux soir d'hiver (tout est relatif, à Taipei "froid" c'est au pire 5° ou 4° au point du lever du jour lors de brefs épisodes...) Ce chant était particulièrement remarquable dans cette nuit aux créatures pour la plupart transies par le froid. A ce moment ne connaissant pas le cri de cet animal je me demandais ce que cela pouvait bien être, et quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre après une recherche que cela était le chant de la grenouille arboricole émeraude. Cela me semblait incroyable d'avoir cet amphibien si proche de la maison, une espèce découverte seulement dans les années 80! Si bien que je m'étais convaincu qu'il devait s'agir d'une erreur de ma part, d'autant plus que j'ai une  mauvaise oreille et une mémoire des sons plus que précaire...Puis 2 ans plus tard lors d'une conversation j'informa un ami qu'il me semblait avoir entendu une grenouille arboricole émeraude depuis notre jardin. Tout comme moi il était plutôt dubitatif jusqu'au jour où lors d'une randonnée pas loin de la maison nous entendîmes plusieurs de ces grenouilles chanter! Ma mauvaise mémoire des sons oblige sur le coup je n'avais pas reconnu ce que c'était, c'est l'ami qui tout excité m'annonça qu'il s'agissait de grenouilles arboricoles émeraude et que je n'avais pas rêvé! Depuis lors j'entends fréquemment ces grenouilles aux environs de chez nous et je ne sais pas si cela vient du fait que dorénavant ayant fini par mémoriser leur chant je le reconnais dès que je l'entend ou si c'est parce que ces dernières années ces amphibiens ont fini par recoloniser leur territoire originel après en avoir momentanément disparu. En effet lorsque nous avons emménagé dans cette maison il y a 6 ans environ Taiwan connaissait une période de sécheresse ayant pu provoquer une hécatombe chez les amphibiens dont les effectifs se seraient reconstitués depuis peu. Simple hypothèse.

Cette photo représente un couple entrain de copuler dans un de ces bacs en plastique que les paysans placent dans leurs bambouseraies et potagers. Faute d'être esthétiques ces bacs dont la vocation pour le paysan est de récolter les eaux de pluie servent de lieu de reproduction pour un grand nombre d'amphibiens. Un rare exemple de conséquence positive d'une activité humaine.

La femelle de la grenouille arboricole émeraude pond ses oeufs dans une substance visqueuse qu'elle sécrète lors de l'accouplement et qui après avoir été battue par ces pattes arrière prend l'exacte apparence et structure des blancs en neige. Les oeufs et le sperme du mâle seront mélangés dans cette mousse protectrice qui prendra l'apparence d'un cocon lorsque la couche la plus extérieure aura séché. Notons que si une fine couche extérieure sèche l'intérieur maintient l'humidité constante indispensable au bon développement des têtards. Les innombrables bulles d'air formant cette mousse font également office de formidable isolant thermique. Au moment de l'éclosion les têtards se frayent un passage dans la mousse, transpercent la couche extérieure durcie pour se laisser tomber dans la nappe d'eau qui est généralement située en dessous d'où a été placé le cocon.

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