28 avril 2008
Citation
Une citation de Claude Lévi-Strauss sur la montagne qui je trouve décrit bien mon ressenti et s'applique à merveille à Taiwan:
Si la mer offre à mon regard un paysage délayé, la montagne m'apparaît comme un monde concentré. Elle l'est au sens propre, puisque la terre plissée et pliée y rassemble plus de surface pour une même étendue. Les promesses de cet univers plus dense sont aussi plus lentes à s'épuiser; le climat instable qui y règne et les différences dues à l'altitude, à l'exposition et à la nature du sol, favorisent les oppositions tranchées entre les versants et les niveaux ainsi qu'entre les saisons.
--Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques
15 mars 2008
Inspection!
Aujourd'hui j'ai demandé à Soph qu'elle me prenne en photo lors de l'inspection de la ruche.
L'inspection doit être faite assez régulièrement. Cela permet de s'assurer de l'état de santé général de l'essaim comme la présence ou l'absence de parasites, l'état des réserves de miel et de pollen...il est aussi important de vérifier la présence de la reine et en particulier de sa fertilité qui peut être déterminée par l'abondance des œufs et des larves...ce petit travail d'inspection doit être fait assez fréquemment concernant les abeilles asiatiques car comme je l'avais abordé dans un billet précédent elles ont tendance à se barrer d'une ruche dès que les conditions ne leur conviennent plus.
Photo 1
Ouverture de la ruche. Mon air pincé et constipé est dû à l'état de concentration intense dans lequel je suis (en fait soyons honnête! j'ai toujours l'air constipé!) Je dois en effet d'une part contrôler mes gestes en faisant des mouvements lents et fluides et d'autre part être attentif au moindre signe d'agacement des abeilles afin d'éviter les piqûres. Ces abeilles seraient plus agressives que leurs homologues européennes, à vrai dire je n'ai pas constaté cela. Quoiqu'il en soit les abeilles du genre apis sont plutôt moins agressives que d'autres hyménoptères tels que frelons et guêpes pour la bonne raison que quand une abeille pique elle laisse son dard sur place ce qui lui sera fatal (une partie des viscères étant arrachées en même temps), en d'autres termes cela signifie qu'une abeille est contrainte au suicide afin de défendre son essaim et par conséquent pour éviter une hécatombe de suicidés les abeilles utilisent leur dard avec une certaine retenue et uniquement quand le danger leur semble réel. Néanmoins il y a trois jours je fus piqué par une "candidate au martyr". Je fus agréablement surpris de constater que la douleur était pratiquement insignifiante. Ceci dit sur le coup je fus tout de même quelque peu inquiet car récemment j'ai appris que quand une abeille pique son venin contient des phéromones servant à avertir ses congénères de la cible à attaquer pouvant ainsi entraîner une réaction en chaîne...or si une ou deux piqûres ça passe quelques centaines bonjour les dégâts!
Photo 2
Je me saisis délicatement d'un des cadres...
Photo 3
Je sors le cadre tout doucement...
Photo 4
Inspection...
Photo 5
La reine! Elle est belle! Je suis amoureux!
Photo 6
Cette photo est un évènement. Pour la première fois en 35 ans d'une misérable et improductive existence je découvre l'arrière de mon crâne! Et ce fut le choc total en constatant la parfaite forme ovoïde de ce dernier!
Admirez!
05 mars 2008
C'est parti!
Ma première ruche est enfin arrivée! Je vais pouvoir m'initier à l'élevage d'apis cerana l'abeille mellifère asiatique, que du bonheur!
Je dois ma première ruche à monsieur Yang (je le prendrai en photo un de ces quatre) un apiculteur amateur qui a bien voulu m'initier aux bases de l'apiculture et qui a eu la gentillesse de m'offrir cette première ruche avec une colonie!
L'abeille asiatique diffère quelque peu de l'abeille domestique européenne (apis mellifera) par quelques caractéristiques physiques, biologiques et comportementales. Sans entrer dans les détails elle est en particulier capable de survivre et de travailler à des températures plus basses que son homologue apis mellifera. Elle est aussi l'hôte naturel de l'acarien parasite varroa destructor et de ce fait elle a acquis une résistance naturelle à ce dernier. Enfin elle est capable de résister aux attaques des frelons géants asiatiques en les faisant mourir d'hyperthermie: les abeilles s'agglutinent en masse autour d'un frelon afin de faire monter sa température corporelle jusqu'à un seuil mortel pour ce dernier (pour plus de précision consulter le billet "Frelon géant asiatique" )
En dépit de tout ces avantages la plupart des apiculteurs professionnels d'Asie ont opté pour l'abeille domestique européenne car contrairement à cette dernière l'abeille asiatique ne produit que très peu de propolis et gelée royale, de ce fait c'est un manque à gagner pour les apiculteurs compte tenu que ces deux produits ont une forte plus-value. De plus si l'abeille asiatique est proportionnellement plus productive que son homologue européenne dans l'absolu elle produit cependant moins de miel car ses colonies sont beaucoup plus petites. Notons également qu'apis cerana n'est absolument pas casanière et à tendance à abandonner la ruche dès que les conditions ne lui conviennent plus. De ce fait l'apiculteur doit veiller attentivement à l'état de ses colonies afin de prévenir ce phénomène sous peine de se retrouver rapidement avec des ruches vides!
Nous pouvons donc constater que l'abeille asiatique a ses avantages mais aussi inconvénients.
En Asie beaucoup d'éleveurs amateurs choisissent l'abeille asiatique car nécessite moins de matériel que son homologue européenne, par ailleurs c'est pour cette raison que l'élevage d'apis cerana est de nouveau encouragé dans les pays pauvres: résistante aux maladies et parasites ne nécessite guère voire aucun traitement ni de mesure de protection particulière, les ruches sont simples et peu coûteuses et le miel d'abeilles asiatiques très apprécié en Asie est vendu 2 à 3 fois plus cher que celui de l'abeille domestique européenne. Notons également un regain d'intérêt parmi les apiculteurs professionnels pour apis cerana.
Quand l'ami apiculteur m'a demandé si je voulais élever des abeilles européennes ou asiatiques conformément à mon esprit "écolo" j'ai opté pour les secondes. Apis cerana est une variété autochtone ayant toute sa place dans l'écosystème de Taiwan, résiste bien aux parasites et maladies locales...c'est parfait!
Quelques premières photos pour fêter l'évènement:
Une première victime:
04 mars 2008
"Capitalisme populaire" contre "capitalisme d'élite"?
Je fais preuve de racisme, avouons-le! Je suis raciste à l'égard de ma propre espèce Homo sapiens. Le peu d'intérêt que je porte au genre humain explique la quasi absence de billets relatifs à la société taiwanaise sur ce blog. Il est temps de remédier à cette lacune. En fait la rédaction de ce billet est motivé par le constat que Taiwan était pour ainsi dire méconnu (parfois confondu avec la Thaïlande), et lorsque ce pays rappelait quelque chose à mes interlocuteurs les plus érudits c'était souvent l'idée que celui-ci était l'antre d'un des capitalismes les plus déchaînés qui soit avec toute sa séquelle d'injustices sociales. Comme si dans ce pays des hordes de malades, de vieillards, d'infirmes...etc., livrés à eux mêmes agonisaient sur les trottoirs des villes faute d'être pris en charge par la société. Non, Taiwan n'est pas ce qu'est devenue (pas encore?) la France avec ses innombrables SDF et travailleurs pauvres. Non, Taiwan ne connaît pas une fracture sociale aussi importante que celle que nous vivons actuellement en France. Taiwan reste une société beaucoup plus égalitaire que ne l'est la France.
D'abord à Taiwan, le gouvernement élu -émanation du peuple souverain (dans l'idéal, dans la réalité jamais vraiment ainsi)- garde le contrôle de certains secteurs clés de l'économie tels que celui de la banque (de la finance plus généralement)
Ce contrôle s'apparentant plus à ce que l'on s'attendrait d'un pays socialiste, vaut à Taiwan d'être régulièrement sanctionné par des organisations non gouvernementales chargées d'évaluer l'environnement économique des différents pays du monde. La sanction n'est que symbolique dans le sens qu'elle ne se manifeste que par une mauvaise note accompagnée d'une analyse désobligeante à forts relents néocolonialistes mais est néanmoins lourde de sens. En effet le standard d'évaluation de ce que serait un bon environnement économique selon ces ONG est exactement celui tant vanté par les libéraux; ces gens à la tête des grands groupes financiers et industriels ainsi que d'institutions internationales comme le FMI, la banque mondiale...etc.
Ainsi sur certains points l'économie de cette île est accusée d'être une forme de capitalisme archaïque. Or il est bon de rappeler que c'est ce capitalisme archaïque qui a permis à Taiwan contrairement à ses voisins d'être relativement épargné par l'explosion de la bulle spéculative asiatique de 1997. C'est encore ce capitalisme archaïque qui permet à ce petit pays de 36 000 km² avec peu de ressources naturelles d'être le quatrième détenteur de devises au monde. C'est toujours ce capitalisme archaïque qui permet à cette île de dégager des excédents commerciaux colossaux pendant que la plupart des pays occidentaux voient leur balance commerciale d'année en année toujours plus déficitaire, et croulent dorénavant sous les dettes (la dette publique de Taiwan s'élève à 31% du PNB [2007] contre 66% pour la France [2007].) C'est enfin ce capitalisme archaïque qui a permis et permet encore de considérablement augmenter le niveau et la qualité de vie des citoyens taiwanais si bien qu'en 2007 0.95% de ces derniers vivaient sous le seuil de pauvreté contre 6.2% pour la France (2004)
Mais bien entendu cette gestion raisonnée de l'économie dérange les chantres du libéralisme économique car ceux-ci s'enrichissent sur la ruine économique des nations (plus nous sommes endettés mieux ils se portent!)
Ensuite cette gestion de l'économie par l'Etat souverain a permis de créer un environnement favorable à la libre entreprise accessible aux plus démunis, et c'est pour cette raison que nous qualifierons plutôt le capitalisme taiwanais comme "populaire", à l'inverse du nôtre qui est devenu un "capitalisme d'élite".
Ce "capitalisme populaire" se caractérise par une législation allant dans un sens favorisant les plus modestes en leur laissant la possibilité de librement entreprendre (donc d'être propriétaires des facteurs de production en tant que travailleurs indépendants) sans avoir à affronter un mur de réglementations. Il permet surtout d'entreprendre sans avoir un capital d'investissement de départ important car offre un environnement économique et législatif autorisant la création et la survie de micro-structures économiques et de ce fait permet au sein de la société une appropriation et distribution beaucoup plus égalitaires des facteurs de production. Inversement le "capitalisme d'élite" par le biais d'une réglementation toujours plus restrictive et complexe a sciemment anéanti l'artisanat, la micro-entreprise au profit des plus grosses structures économiques qui elles seules sont capables de se mettre en conformité. Notons également que les corporations de métiers ont également en France une part de responsabilité en ayant rendu hermétique l'accession à diverses professions afin de se protéger de la concurrence.
La France est probablement l'un des cas les plus parfaits illustrant ce que serait ce "capitalisme d'élite". Dans ce pays les facteurs de production sont de plus en plus concentrés entre les mains d'une minorité toute puissante. À l'heure actuelle au pays de Molière la libre entreprise est devenu un quasi privilège réservé à une élite. Pour les autres le choix est on ne peut plus simple: rentrer au service de cette élite en devenant salariés, ou le chômage. Certes avec une formation pointue correspondant à un secteur porteur il est encore possible avec beaucoup de talent, de force de conviction afin de trouver un financier ou éventuellement un riche et généreux pépé, tonton...etc., de monter sa propre affaire, mais en règle générale il est très difficile pour quiconque ne possédant pas de fonds d'investissements conséquents de démarrer son entreprise. L'environnement a été économiquement et législativement remodelé pour les grosses structures économiques, si bien que les citoyens ont été pour la plupart spoliés du droit d'entreprendre.
Pour toutes ces raisons ce qui surprend à Taiwan par rapport à chez nous c'est cette économie parallèle formant un dense tissu socio-économique composé d'une myriade de micro-restaurants, micro-usines, micro-ateliers d'artisans, micro-épiceries, micro-exploitations agricoles...etc., tenus par des femmes et des hommes économiquement libres et indépendants. Des individus se levant le matin pour travailler pour leurs clients, leur famille et non pas pour un grand patron. Des hommes et des femmes qui ont la liberté de mettre une part de créativité dans ce qu'ils produisent. Par exemple un restaurateur indépendant si bon lui semble pourra laisser libre cours à sa créativité en apportant des améliorations à ses plats, ils pourra en inventer de nouveaux, expérimenter, choisir lui même la décoration de son restaurant...etc., or qu'en est-il du gérant d'une grande chaîne de fast-food?
C'est cette organisation économique où bon nombre de citoyens sont ou ont la possibilité d'être propriétaires des capitaux qu'ils mettent en oeuvre par leur travail que nos libéraux conspuent. Une citoyenneté composée d'hommes libres, autonomes, organisés, et économiquement indépendants ne les intéressent pas. Ce qu'ils souhaitent c'est une société policée composée d'une masse de consommateurs dépendants, politiquement démissionnaires et accessoirement abrutis.
Pour finir, il est à craindre que ce capitalisme populaire soit ici également menacé, mondialisation des échanges oblige. Cette organisation économique est en effet à double tranchant dans le cadre d'un monde dominé par le libre échangisme à l'avantage des monopoles. Prenons l'exemple de l'agriculture. Ici à Taiwan une réforme agraire a permis à des millions de métayers de devenir propriétaires de leur propre exploitation agricole ce qui a eu pour conséquence un morcellement toujours grandissant des terres. Or dans un contexte de mondialisation des échanges dérégulé une exploitation agricole de 3 hectares n'est pas rentable; inutile d'être détenteur d'un MBA d'une prestigieuse business school états-uniennes pour comprendre cela. Même en se réunissant en coopérative, une myriade de petits riziculteurs par exemple ne pourront jamais concurrencer une poignée d'agriculteurs exploitant chacun une superficie pouvant aller dans les cas les plus extrêmes jusqu'à plusieurs milliers d'hectares. Pour gérer ce problème Taiwan à l'instar du Japon et de la Corée du Sud avait adopté dans un premier temps des mesures protectionnistes afin de mettre à l'abri d'une concurrence faussée ses petits paysans. Or face aux pressions de la mondialisation Taiwan fut contraint d'ouvrir son secteur agricole à la concurrence internationale ce qui crée des bouleversements importants. Mais cette île qui aurait pu choisir la méthode forte à la française consistant à anéantir purement et simplement la paysannerie par divers subterfuges a pour différentes raisons plutôt préféré faire usage de méthodes moins expéditives afin d'accompagner les paysans vers une reconversion plus en douceur (en cultivant des végétaux à plus forte plus-value, l'agriculture biologique, l'éco-tourisme...etc.) et/ou en les incitant à restructurer leurs terres (remembrement.)
Certes Taiwan offre encore un environnement adéquat pour tout esprit avide de liberté préférant être le patron d'un petit restaurant familiale indépendant dégageant de modestes revenus plutôt qu'être le sémillant gérant du fast-food du coin, mais pour encore combien de temps? Cette société va-t-elle prendre notre chemin de la destruction méthodique de l'artisanat et de la petite entreprise afin d'instaurer le règne de l'asservissement généralisé des citoyens au grands groupes, et ne leur offrant que le salariat comme unique moyen de gagner leur vie? Pendant combien de temps encore cette société offrira-t-elle un environnement autorisant la cohabitation des macro structures économiques avec celles microscopiques de tailles humaines?
J'espère que ce billet répondra à la question que ce posent certains se demandant comment un prétendu vil gauchiste de mon espèce supporte de vivre dans cet antre infernale du capitalisme que serait Taiwan. Je me plains souvent de Taiwan mais en réalité je commence à pleinement apprécier ce sentiment de liberté, de maîtrise de sa destinée qu'offre ce petit bout de terre au large de la Chine. Un petit bout de terre qui donne encore la potentialité à ceux qui y vivent de choisir la manière dont ils souhaitent subvenir à leurs besoins. Un bout terre sur lequel et en dépit d'une densité de population extraordinaire on se sent beaucoup moins oppressé par la société et l'État.
NB: que l'on ne se méprenne pas, le propos de ce billet n'est pas de dire que Taiwan n'a pas ses propres carences et défis à surmonter. Ce pays en a! En revanche j'affirme que s'il y a bien un enfer capitaliste ce n'est pas Taiwan mais bien la France, pays tombé sous le joug oppressant des banques, des assurances, de l'industrie agro-alimentaire et pharmaceutique, de la grande distribution, corporations de métiers et autres lobbies...
PS: la rédaction de ce billet me rappelle qu'il faut que j'aille chez le cordonnier faire recoller la semelle d'une de mes baskets. Et oui ici il y a encore des cordonniers capables de réparer non seulement des chaussures de cuir de qualité mais aussi des baskets de merde. Si on leur demande les gars vous reconstruisent la semelle usée d'une vieille paire de baskets! Je pourrais bien recoller ma semelle moi-même mais pour 2 ou 3 euros un artisan le fera probablement mieux que moi et par ce geste d'une part j'encourage le maintien d'un travailleur libre et d'autre part cela m'évitera de devoir racheter une paire neuve. Toujours ça de moins qui ira dans les poches de la racaille des industriels à la tête d'usine à chaussures de sport! Cette engeance paie entre 80 et 100 euros/mois leurs ouvriers chinois, vietnamiens... à bosser 10 à 15 heures par jour, 6 jours sur 7... ces chaussures ne coûtant pas grand chose à produire sont revendus aux gogos consommateurs parfois plusieurs dizaines d'euros...et que font-ils de l'énorme plus-value ces amoureux de l'humanité? Les boss mènent la vie de château, les actionnaires principaux, parasites du genre humain, sont rémunérés, et des guignols tels que des Jordan et Zidane se voient distribuer en 1 mois de "travail" ce qu'un Smicard ne se toucherait même pas en 40 ans de labeur...et oui les amis cet argent qui ne va pas dans les poches des travailleurs productifs est détourné pour aller dans celles de parasites nuisant à la société. J'aime le sport mais pas le cul devant la télé et par conséquent des Zidane et compagnie pourraient bien ne pas exister que je m'en porterais pas plus mal...bon mais là je digresse sérieusement!!!
10 janvier 2008
Japalura/斯文豪氏攀蜥 (Japalura swinhonis)
Avant-hier je suis allé faire quelques séries de sprints dans un de ces escaliers abrupts ondulant à travers les collines boisées autour de chez nous. L'objectif initial de cette activité physique éprouvante était - on s'en serait douté - le conditionnement physique, mais au vu des conditions climatiques particulièrement clémentes je me suis dit autant emporter mon appareil photo au cas où je tomberais sur quelques créatures reptiliennes intéressantes. Je suis tombé sur un japalura juvénile qui s'est retrouvé sous un angle de prise de vue qui aurait permis de prendre une photo sympa, ce que je n'ai pas réussi, cependant j'ai tout de même gardé un cliché en raison d'une petite chose intéressante; j'ai constaté que contrairement à ce que je pensais initialement la bête me regardait. Je ne pensais pas l'animal capable de le faire avec la tête tournée dans cette position, quelle naïveté de ma part! En fait un peu à l'image d'un caméléon ce lézard est capable de voir derrière lui...
Un effet loupe sur l'oeil:
12 décembre 2007
Taiwan "Touch your heart"
Une sympathique vidéo nous permettant de faire un aperçu assez complet des choses les plus caractéristiques et dignes d'intérêt que l'on peut rencontrer sur cette île (exclusion faite de la partie "shopping" de la vidéo), et tout cela en une dizaine de minutes. Certes il s'agit d'une habile production marketing visant promouvoir le tourisme mais ce qui m'a particulièrement plu c'est la large place laissée à la nature dans cette vidéo. D'ailleurs il est bon de préciser que dans cette île, et contrairement à ce que l'on pourrait imaginer de prime abord, le monde naturel est omniprésent. A titre d'exemple la couvert forestier approche les 60% du territoire, chiffre qui sera dépassé dans les années à venir en raison d'un programme de reboisement d'anciennes terres agricoles à l'abandon. L'étranger est toujours surpris par l'omniprésence et l'immensité des forêts ici, mais ne perdons pas de vue que cette île est à l'image d'une feuille de papier froissée qui une fois étalée occupera sur le support sur laquelle elle est posée une surface beaucoup plus importante. Ainsi si Taiwan occupe seulement 37 000 km² de notre planète la surface réellement disponible est beaucoup plus importante en raison de ce relief tourmenté.
Taiwan est un pays méritant d'être mieux connu et surtout soutenu dans un monde où les considérations économiques pèsent plus lourd que les valeurs d'humanisme, de respect de la vie...pendant que notre vénéré président fait des courbettes à la Chine ce petit îlot de démocratie qu'est Taiwan est en phase d'être à tout moment anéanti physiquement par la puissance militaire chinoise. Et oui les droits de l'homme ne pèsent pas bien lourd face à la puissance du dieu argent...
03 octobre 2007
Tortue boîte à bord jaune/yellow margined box turtle/食蛇龜 (Cistoclemmys flavomarginata)
J'ai halluciné! J'ai découvert une espèce de tortue que je rêvais d'observer à l'état sauvage depuis fort longtemps, et ceci à un quart d'heure de marche de chez moi! Cette espèce est considérée comme rare, et est protégée.
Sur les 5 espèces de tortues (hors tortues marines) que l'on peut rencontrer à Taiwan j'en avais déjà observé 4 espèces aux alentours de chez nous, il manquait la tortue boîte au palmarès. Sachant qu'il s'agit d'une espèce rare je ne pensais pas pouvoir en trouver si près d'une mégapole de 8 millions d'habitants. Mais d'un autre côté en vivant à Taiwan j'ai appris à m'attendre au plus inattendu si bien qu'au plus profond de moi j'avais le sentiment qu'il était possible que cette tortue vive dans les forêts aux alentours de chez nous. Après tout un ami et moi avons découvert récemment qu'une espèce de grenouille arboricole répertoriée seulement dans les années 80 était également présente dans le coin...en fait chose curieuse une heure avant j'avais comme un pressentiment, en marchant je regardais le sol tout en pensant à cette tortue.
C'est en cherchant un verger à l'abandon dans la forêt que j'ai découvert cette tortue. En effet ici c'est la saison des pamplemousses, j'avais décidé d'aller en ramasser. Après plus d'une heure à tourner en rond sans pouvoir retrouver les pamplemoussiers (la forêt à Taiwan est un vrai labyrinthe) je pris la décision de rentrer à la maison, c'est alors que je suis tombé sur cette magnifique surprise. Coup de bol j'avais emporté l'appareil photo. Pas de pamplemousse mais quelques photos d'un animal rare.
Pour l'anecdote la séance photo fut quelque peu douleureuse car je m'étais allongé sur un nid de fourmi d'une espèce possédant un dard! Ah! Ah! Ah! En fait au départ je pensais m'être allongé sur une variété de plante du genre ortie, et n'étant pas du genre douillet je ne m'en occupais pas, et je continuais vaillamment à observer la bête. Cependant après une bonne dizaine de secondes je compris que décidément quelquechose n'allait pas: des orties peuvent-elles traverser aussi facilement la toile épaisse de mon vieux jean? Nous sommes à Taiwan donc peut être... mais comment se fait-il que même en relevant la jambe afin de m'en éloigner je continuais à être piqué avec une intensité qui ne semblait pas vouloir faiblir? Je me suis donc relevé pour finalement découvrir que j'étais attaqué par une variété de fourmis à dard. Selon mon guide des insectes de Taiwan la piqûre de cette fourmi serait aussi douloureuse que celle d'une guêpe, je peux confirmer que cette affirmation est exagérée, et heureusement car j'ai bien dû être piqué plusieurs dizaines de fois!
Pour en revenir au sujet, la tortue boîte est une tortue terrestre vivant en milieu forestier, elle ne va dans l'eau que pour se rafraîchir lors de période de forte canicule. Son plastron est articulé à l'avant si bien qu'elle peut se renfermer dans sa carapace. Elle est omnivore. Les chinois l'appellent "tortue mangeuse de serpent", en fait il s'agit d'un mythe, cette tortue n'est pas particulièrement friande de serpent.
C'est une espèce qui est encore victime du braconnage pour être exportée en Chine, et plus rarement pour alimenter quelques restos locaux clandestins, pour satisfaire les amateurs de soupe de tortue. Ainsi il n'est pas rare de voir dans les médias des infos relatant des saisies de tortues prêtes à être exportées sur le continent chinois. Ce goût de certains consommateurs pour la viande de brousse a des conséquences dramatiques. En effet même s'il s'agit d'une minorité de zozos, bien souvent des nouveaux riches ne sachant pas où foutre en l'air leur pognon, cette minorité ramenée à l'échelle de la population chinoise (énorme!) est bien entendue importante, si bien que la demande excède les capacités de renouvellement naturelles des populations animales sauvages.
Le plus déplorable c'est qu'à Taiwan comme ailleurs les espèces invasives de tortues (tortues de floride...) pullulent, et menacent les espèces locales, or personne aurait idée de les braconner pour en faire de la soupe! Si seulement il pouvait naître la mode de la soupe à la tortue de Floride, cela arrangerait bien les tortues locales! Malheureusement c'est la rareté qui séduit les zozos...il faudrait peut être faire courir le bruit que les tortues de Floride possèdent des vertus médicinales exceptionnelles...
Ceci dit heureusement que Taiwan depuis un vingtaine d'années prend en général très au
sérieux la protection de ses espèces animales en menant des campagnes de sensibilisation ainsi qu'en faisant appliquer la
loi, et cette politique a porté ses fruits.
Les photos
Mais en fait IL Y EN AVAIT DEUX!!!
Précisons qu'à aucun moment j'ai manipulé ces animaux. Au départ je n'avais vu que la plus grosse qui s'est ensuite rapprochée de la petite. Je me suis donné pour principe de ne pas manipuler une bête pour faciliter une prise de vue, le confort de la bête doit primer sur la photo. De plus je suspecte que ces deux individus sont un mâle et une femelle peut être en parade nuptiale, donc après quelques clichés je me suis empressé de les quitter.
20 avril 2007
Serpent zaocis/Big-eye rat snake/過山刀 (zaocis dhumnades)
Je suis tombé sur ce serpent peu après une petite mésaventure, de ce fait sa rencontre fut pour moi comme une consolation. En effet un quart d'heure auparavant j'étais tombé sur un dépotoir en plein air. L'essentiel des ordures se composait d'une vingtaine de bombes aérosol d'insecticide agrémentées de-ci de-là de quelques canettes de boisson, sacs plastique, et cetera. Ces raclures qui n'ont strictement aucune considération pour leur environnement, et de toute évidence aucun orgueil non plus, ils m'agacent! Je n'arriverai jamais à comprendre ce mépris qu'ont certaines personnes à l'égard de la terre qui les porte. Et là nous ne parlons pas de pauvres hères subissant guerres et famines et par conséquent ayant d'autres chats à fouetter que les préoccupations environnementales... non, non, nous parlons de gens vivant confortablement et mangeant plus qu'à leur faim dans l'une de des 20 premières puissances économiques au monde qu'est Taiwan. C'est ce genre d'individus refusant de faire le moindre effort d'introspection, ne se préoccupant uniquement que de leur petit confort et intérêts immédiats qui pourrissent notre monde, et lorsque ces gens sont des industriels il se produit alors ces catastrophes si médiatiques. Mais ne perdons pas de vue que toutes ces petites pollutions facilement évitables générées par tous ces inconscients, une fois additionnées, sur le moyen ou le long terme elles représentent un impact environnemental probablement tout aussi délétère que les grosses catastrophes qui font la une des médias.
Le plus regrettable c'est qu'il s'agit de bombes insecticides à usage domestique qui n'ont strictement aucune nécessité mais qui empoisonnent différentes espèces d'animaux, l'homme y compris (les pesticides de synthèse à usage agricole ne sont pas forcément nécessaire non plus mais c'est un autre sujet...)
Bien évidemment j'ai ramené toutes ces saloperies à la maison afin d'en disposer d'une manière plus appropriée (le sac à dos était rempli ras la gueule!)
Repassons à de belles choses, les serpents. Selon moi ces derniers représentent sur le plan évolutif les vertébrés parmi les plus aboutis. Ils sont parfaits, totalement dépouillés de tout superflu. S'ils n'existaient pas qui pourrait imaginer que de tels animaux sans membres et pratiquement sourds pourraient prospérer de la sorte? Dommage que la peur qu'ils suscitent interdise de nombreuses personnes à percevoir leur beauté.
Sur le dernier cliché on peut deviner à gauche sur le corps du serpent quelques cicatrices, il en avait d'autres ailleurs qui étaient bien visibles. Chacune de ces cicatrices est une histoire qui en dit long sur le vécu de la bête. Il faisait plus de 2 mètres de long et vu son âge il a dû lui arriver bons nombres de mésaventures desquelles il a manifestement toujours su sortir gagnant...
17 mars 2007
Couleuvre de Sauter/Sauter's water snake/梭德氏游蛇 (amphiesma sauteri)
Couleuvre de Sauter juvénile.
























